Les événements récents ont mis en lumière à quel point le réseau d’aujourd’hui est plus essentiel que jamais. Les confinements, le streaming vidéo et les appels, ainsi que le travail à distance, ont entraîné une énorme augmentation du trafic sur les réseaux. La flexibilité et l’agilité sont devenues les maîtres mots des opérateurs. Nous avons rencontré Jean-Louis Le Roux, Vice-Président Réseaux internationaux Wholesale & Entreprises chez Orange, pour parler de la prochaine étape intelligente des réseaux internationaux.
Q. Comment résumeriez-vous ce qui s’est passé dans les réseaux au cours de l’année écoulée ?
A. Nous avons découvert un tout nouveau monde ! L’année 2020 a été sans précédent, avec une demande exceptionnelle en connectivité et en bande passante. Les méthodes des opérateurs pour fournir cette connectivité ont été profondément transformées. Nous avons constaté que nos clients internationaux voulaient rapidement plus de flexibilité et d’agilité pour répondre à leurs nouveaux besoins. Leurs propres clients retail et B2B demandaient beaucoup plus de bande passante pour un usage différent, et nous devions équiper nos clients wholesale pour qu’ils puissent le fournir.
Q. Comment cela s’est-il concrétisé ?
A. Nous avons réalisé que l’architecture réseau existante nécessitait plus de flexibilité. Nous possédons et gérons deux réseaux internationaux : un réseau B2B très vaste, destiné aux multinationales, et un réseau wholesale, avec une couverture plus limitée mais une bande passante massive. Dans ce modèle, la plupart des fonctions réseau résident dans des équipements physiques dédiés. Nous avons compris qu’il fallait faire évoluer cette architecture pour s’adapter plus rapidement aux besoins clients changeants ou pour proposer des services à la demande.
La pandémie a été un catalyseur pour nous pousser à réfléchir à de meilleures façons de répondre aux défis et préoccupations de nos clients. Le trafic a fortement augmenté, et notre configuration réseau rendait les mises à niveau difficiles à effectuer au rythme exigé par cette hausse. En parallèle, nous avons observé une convergence rapide des exigences des clients B2B et wholesale, ainsi qu’un besoin croissant de services à la demande. En fusionnant nos deux réseaux et en virtualisant notre couche de services, nous pouvons offrir le meilleur des deux mondes.
Q. Qu’avez-vous mis en place ?
A. Nous avons décidé de transformer notre réseau rigide en une architecture simplifiée, convergente, entièrement virtualisée et automatisée. Nous avons baptisé cette nouvelle itération « eNGINe », pour New Generation International Network. Nous avons simplifié l’infrastructure backbone en fusionnant nos réseaux B2B et wholesale. Le résultat est une architecture qui offre à nos clients l’étendue du réseau B2B et la bande passante du réseau wholesale. Elle leur offre bien plus de flexibilité et d’adaptabilité pour servir leurs clients.
Q. Que propose encore eNGINe ?
A. Nous avons étudié d’autres façons de donner davantage de contrôle à nos clients. Nous avons mis en œuvre la virtualisation des fonctions réseau (NFV) puis, plus récemment, leur conteneurisation. Cela permet une séparation claire entre la couche infrastructure et la couche de services réseau — accès, sécurité, voix, roaming, etc.
Pour cela, nous avions besoin d’une couche Infrastructure-as-a-Service (Telco IaaS) avec une large couverture. Heureusement, le réseau Orange comprend déjà 30 points de présence IaaS (PoPs) dans le monde, et ce chiffre est en expansion vers 100. L’objectif est d’être à moins de 10 ms de 80 % de nos clients.
Nos PoPs IaaS sont de véritables mini-clouds hébergeant nos fonctions réseau virtualisées (VNF) et connectant nos clients aux fournisseurs cloud et de contenus. Ils sont appelés Orange Next Gen Hubs : ils peuvent héberger n’importe quel VNF et révolutionnent la flexibilité opérationnelle de nos clients. C’est une transformation majeure, d’un réseau de boîtiers rigides à un réseau de fonctions virtualisées. En plus de cette flexibilité accrue, eNGINe permet une réduction significative du time-to-market. Dans l’ancien modèle, déployer un service sur un nouveau site pouvait prendre jusqu’à six mois. Désormais, avec le modèle eNGINe virtualisé, on peut activer un service dans l’un des 100 sites en quelques clics.
Q. Quelle est la suite ?
A. Tout cela repose sur l’automatisation réseau, l’APIzation et l’orchestration, conçues pour permettre à nos clients et partenaires de demander un nouveau service rapidement et simplement, et de le faire évoluer facilement. Notre objectif final est le « zero-touch provisioning », où les clients utilisent des outils d’automatisation pour tous leurs besoins de configuration réseau et services. Nous progressons bien, avec déjà 75 % des configurations du backbone automatisées. L’objectif est d’atteindre le même niveau pour le provisioning client d’ici fin 2022. C’est une période passionnante, et nous transformons tous nos services réseau en microservices pilotables via API. Nous plaçons les besoins de nos clients au centre, en rendant nos réseaux internationaux plus agiles et adaptables que jamais.