Les vidéos en haute définition 4K et 8K gagnent progressivement en popularité dans le monde entier. Cependant, la performance du réseau et la latence peuvent affecter cette croissance continue : la diffusion de vidéos en 4K et 8K nécessite des réseaux performants et une stratégie adaptée pour garantir la satisfaction des utilisateurs finaux.
Il n’est pas surprenant que la vidéo représente la majeure partie du trafic Internet. Un rapport récent estime que la vidéo occupe environ 60 % de la bande passante Internet, et que Netflix à lui seul absorbe jusqu'à 15 % du trafic Internet en téléchargement dans le monde. D’ici la fin de 2022, il est prévu que la vidéo représente 82 % de l’ensemble du trafic Internet grand public.
Ce constat n’a rien d’étonnant. La manière dont les gens consomment la vidéo a évolué : la télévision terrestre s’est transformée et doit désormais rivaliser avec les plateformes de streaming OTT et les créateurs de contenus comme Netflix, HBO, Disney et d’autres. YouTube domine toujours le marché de la vidéo en ligne, avec plus de 2,5 milliards d’utilisateurs mensuels. Les confinements de 2020 et 2021 ont largement contribué à l’essor du streaming vidéo. Cette augmentation de la consommation mondiale de vidéos a été accompagnée d’avancées technologiques, notamment avec l’essor de la 4K et de la 8K.
Cependant, la diffusion de vidéos en 4K et 8K progresse de manière régulière plutôt que fulgurante. L’une des raisons est que les équipements et infrastructures compatibles n’évoluent pas au même rythme que la demande et les avancées technologiques : en Europe, les foyers équipés pour la 4K représentent entre 50 % et 55 %, avec un taux légèrement plus élevé en Asie.
Les grands événements sportifs influencent souvent les tendances en matière de vidéo. Des occasions majeures comme la Coupe du Monde de la FIFA ou les Jeux Olympiques incitent les consommateurs à remplacer ou mettre à niveau leur équipement pour profiter d’une meilleure qualité d’image. De plus, recevoir de la vidéo en 4K à domicile nécessite une connexion en fibre optique, ce qui reste un défi puisque seule la moitié du monde y a accès. Les prévisions indiquent néanmoins une croissance spectaculaire de la 8K, avec certains analystes estimant une augmentation de plus de 45 % du marché d’ici 2031, portée par l’industrie du divertissement. L’industrie du jeu vidéo pourrait également accélérer cette tendance, avec l’arrivée des premiers téléviseurs compatibles avec les consoles 8K.
La diffusion de vidéos en 4K ou 8K à grande échelle présente d’autres défis. Par exemple, le gel de la lecture, connu sous le nom de buffering, nuit considérablement à l’expérience des utilisateurs de streaming vidéo. Ce problème est particulièrement frustrant pour les spectateurs de vidéos en direct : manquer un but lors d’un match de Coupe du Monde à cause d’un flux interrompu peut gâcher l’expérience.
Plus la définition d’une vidéo est élevée, plus elle est volumineuse et plus sa qualité risque d’être affectée par la performance du réseau. Une latence élevée, c’est-à-dire le temps nécessaire pour transmettre et recevoir des données, peut entraîner une mauvaise expérience utilisateur. Pour la vidéo en direct, cela peut être catastrophique. Et bien que la latence ne soit pas uniquement due aux performances du réseau – les équipements locaux tels que les box TV ou l’appareil de visionnage peuvent aussi l’impacter – elle reste généralement la principale cause.
Que peut faire l’industrie de la vidéo ? L’une des solutions repose sur les réseaux de diffusion de contenu (CDN), qui stockent une copie des données transmises, appelée cache, dans des points de présence (PoP) à travers le monde. En rapprochant le contenu des utilisateurs finaux, les CDN réduisent la latence et améliorent l’expérience des spectateurs. Les protocoles CDN réduisent aussi le nombre de requêtes des utilisateurs pour un même contenu, diminuant ainsi les coûts de calcul. Cette solution est en pleine expansion : selon une étude d’Omdia, les revenus des CDN devraient croître de 5 % par an jusqu’en 2025, atteignant 5,57 milliards de dollars.
En outre, une approche multi-CDN est recommandée pour améliorer la fiabilité et les performances. En combinant plusieurs CDN de différents fournisseurs, les services vidéo bénéficient d’une flexibilité accrue et d’une meilleure disponibilité, permettant de surmonter les défis de latence. De plus, en cas de panne d’un fournisseur, les autres CDN prennent le relais.
Une autre technologie pouvant aider les fournisseurs de services vidéo dans la diffusion de la 4K et de la 8K est le Multicast Adaptive Bit Rate (mABR). Le mABR optimise l’utilisation de la bande passante et améliore l’expérience des utilisateurs. Contrairement à la diffusion vidéo en unicast, où chaque flux est unique entre l’appareil de l’utilisateur et le diffuseur, le mABR permet d’envoyer un seul flux à des milliers de foyers, puis de le convertir en unicast à l’intérieur même du domicile.
Ce procédé offre un meilleur contrôle, réduit le risque de saturation lors des grands événements en direct et améliore la qualité vidéo. Il permet également aux fournisseurs de réduire les coûts de bande passante en dimensionnant le réseau en fonction du trafic moyen plutôt que du trafic maximal.
Finalement, le mABR rapproche le CDN de l’utilisateur final, et à terme, pourrait même être intégré directement dans les box TV. Bien que cette technologie ne soit pas encore largement déployée par les opérateurs télécoms, son usage devrait croître face à l’augmentation du trafic réseau. Selon les prévisions, le nombre de foyers utilisant le mABR passera de 8,5 millions aujourd’hui à près de 90 millions d’ici 2027.
Ce qui semble certain, c’est que la demande pour la 4K, et plus encore pour la 8K, continuera d’augmenter. Les fournisseurs de services vidéo devront s’adapter pour répondre aux attentes des utilisateurs. Les CDN leur permettent dès aujourd’hui d’assurer l’avenir de la diffusion vidéo, tandis que le mABR offre l’évolutivité et la faible latence nécessaires pour la diffusion en direct sur plusieurs écrans.